Notre vision du monde - Juin 2026

Perspectives Économiques et Financières

Temps de lecture : 12 min

Nous avions consacré nos Perspectives Économiques et Financières de mars au triptyque « Se défendre, innover, sécuriser ». Nous nous inscrivions dans le cadre des premières tensions autour du détroit d’Ormuz où se cristallisaient déjà des rivalités qui dépassent la question iranienne, tout comme la guerre en Ukraine doit se lire, non comme un conflit russo-européen, mais comme une variante de l’affrontement sino-américain. Il s’agissait de l’impératif économique de Se Défendre, pour ne pas subir. Innover, pour ne pas décrocher et créer des alternatives à la tentation du repli. Sécuriser pour ne pas s’épuiser dans un environnement de pressions continues géopolitiques, énergétiques, technologiques ou financières.

Le monde que nous décrivons depuis plus d’une décennie a bel et bien enterré les pactes d’après-guerre mondiale où la paix et le commerce se répondaient. Ce monde est entré dans une fragmentation durable des échanges, des chaînes de valeur, des technologies et des capitaux. À l’architecture multilatérale a succédé une re-globalisation sélective organisée autour de 2 camps et d’économies connectrices, dans laquelle le commerce mondial ne disparaît pas, mais sa géographie et sa logique changent sous l’influence de la géopolitique, tout comme la localisation du capital. 

Plus qu’une segmentation hermétique par bloc, nous avons observé une multi-régionalisation avec des investissements de redéploiement et la montée en puissance d’accords régionaux, au prix de duplication de capex et d’une moindre efficience économique. On a d’un côté une Chine en position de force industrielle depuis qu’elle a basculé vers un capitalisme d’Etat mercantiliste avec la volonté tout à la fois de réduire ses vulnérabilités et de se positionner comme un centre d’influence civilisationnel. De l’autre, les États-Unis, engagés contre la première dans une rivalité commerciale et technologique, et cherchant à financer son réarmement alors que les intérêts de sa dette dépassent dorénavant son budget militaire, une tendance qui menace grandement la pérennité de sa puissance et la capacité de projection de celle-ci.

Dans ce contexte, l’Europe apparaît davantage comme un marché qu’une puissance en devenir, tant elle dépend des décisions des 2 autres et souffre de la recomposition permanente des rapports de force intra-européens, dont la décision allemande sur l’avion de combat commun est un exemple navrant.

Nos perspectives de mi-année s’intitulent « Brouillard sur l’échiquier, le prix des souverainetés » ; le brouillard de la guerre, soit l’incertitude des forces, des positions et des objectifs de belligérants qui s’affrontent dans un lieu clé de la mondialisation ancienne et nouvelle, un théâtre de tensions d’un monde fracturé où les blocs se jaugent, entre menaces plus ou moins contenues et embrasement latent, prisonnière de la formule de Raymond Aron : « paix impossible, guerre improbable ».

Le développement du nouveau conflit au Moyen Orient et le blocage du détroit d’Ormuz qui en résulte s’inscrivent en tout point dans notre vision. Celle d’un monde plus conflictuel, dans lequel le caractère stratégique de l’accès aux ressources en matières premières, à l’énergie et au financement est plus que jamais renforcé face aux besoins technologiques croissants, et où les grandes puissances se font face dans une nouvelle logique de conquête pour répondre à leurs enjeux de souverainetés. 

Russie en Ukraine, États-Unis au Venezuela et au Moyen Orient, Chine souhaitant réaffirmer sa souveraineté sur Taïwan et en mer de Chine… Le déplacement des pièces sur l’échiquier mondial perturbe les équilibres d’un monde encore globalisé mais en recomposition, dans lequel la liberté de passage dans les détroits stratégiques n’est plus acquise. 

Cette reconfiguration n’est évidemment pas sans impacts sur les équilibres économiques mondiaux : moins de croissance, plus d’inflation, plus de dette, comme autant de prix à payer dans cette reprise en main des souverainetés.

 

Pour aller plus loin, consulter le document complet ci-dessous :

 

Francis JAISSON
Président