"OnDécrypte l'Hebdo" - La Deeptech (*), un enjeu de souveraineté européenne
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Découvrez l'intégralité de notre suivi des marchés de la semaine - 20 avril 2026
Le monde vit une époque charnière, celle d’un puissant cycle technologique où les avancées s’enchaînent, s’alimentent et se démultiplient à un rythme sans précédent de gré ou de force. Les champs d’applications sont larges. Les tensions géopolitiques omniprésentes forcent l’industrie de la défense à innover. L’espace devient un nouveau terrain de compétition entre grandes puissances. Les enjeux de réindustrialisation passent par la robotique. Les technologies vertes tentent de répondre aux objectifs de transition énergétique des économies. Les supercalculateurs révolutionnent l’intelligence artificielle. La recherche médicale ouvre la voie à de nouvelles solutions thérapeutiques innovantes et fiables grâce au séquençage de protéines. Autant de ruptures qui redessinent les frontières de l’innovation et de la compétitivité mondiale.
Dans cette compétition, l’Europe tient son rang. De ses grands laboratoires de recherche fondamentale sortent des chercheurs nobelisés et des entrepreneurs en herbe. Les dispositifs publics de soutien, qu’ils émanent de l’Union européenne ou de l’État français, se multiplient. Les appels d’offres publics s’ouvrent aux jeunes pousses. Depuis 2021, l’Europe a vu naître deux fois plus d’entrepreneurs en hautes technologies chaque année qu’avant la pandémie. En France, plus de 400 jeunes pousses de la Deeptech ont émergé en 2025 contre à peine 200 en 2019. Le pays a déjà ses champions nationaux avec des ambitions mondiales tels que Pasqal (ordinateurs quantiques), Look Up (surveillance spatiale) ou Mistral AI (Intelligence Artificielle). Dans le cadre du plan France 2030, le plan Deeptech de la BPI ambitionne la création de 500 jeunes pousses chaque année. La France en compte désormais 2 830, générant un peu plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et représentant 50 000 emplois directs. Près de la moitié d’entre elles sont industrielles, exploitant plus de 200 sites industriels dans l’Hexagone.
Malgré ces atouts et ces initiatives, l’Europe ne tire qu’une fraction des retombées économiques qu’elle pourrait espérer. Ses efforts butent sur un écueil structurel : l’inadéquation des structures de financement. Les fonds de croissance, essentiels pour propulser les jeunes pousses vers une taille critique, restent trop rares et les investisseurs européens quelque peu frileux. Résultat, nombre de nos pépites sont rachetées par des acteurs américains ou asiatiques avant d’atteindre leur plein potentiel. La bataille technologique se gagne aussi sur le terrain du capital. Sans structure de financement adéquate pour soutenir la croissance à long terme, l’Europe risque de perdre le contrôle de son économie.
L’enjeu est donc primordial pour l’avenir de l’Europe. Cela passe par une mobilisation renforcée des capitaux privés, une coordination accrue entre États et investisseurs, et une volonté politique sans faille. L’innovation est au cœur de nos thématiques issues de nos Perspectives Économiques et Financières. Au travers de ses investissements dans le capital investissement, Covéa Finance contribue au développement de la Deeptech en France.
(*) Deeptech, innovations de hautes technologies regroupant des secteurs divers tels que l’industrie, la biotech, l’agroalimentaire, le numérique ou l’énergie
Rédigé par
Xavier SIMLER
Responsable du pôle Multigestion
Sommaire
Analyse de l’évolution des marchés :
- Obligataire par Xavier BOUSCHARAIN
- Actions Europe par Antoine PEYRONNET
- Actions Internationales par Vincent HADERER
- Le regard de l'analyste par Victor PAVLOV
Analyse Suivi Macroéconomique :
- États-Unis par Sébastien BERTHELOT
- Asie par Jean-Louis MOURIER
- Europe par Jean-Louis MOURIER