Le regard du gérant - Focus sur les expositions du crédit privé dans les institutions financières européennes

Perspectives Économiques et Financières
Europe

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Depuis quelques mois, nous assistons à une série de faillites d'entreprises résultant parfois de fraudes ou de malversations (First Brands, Tricolor aux États-Unis, MFS au Royaume-Uni) dans un contexte de taux d’intérêt élevés comme décrit dans nos Perspectives Economiques et Financières.

Les investisseurs deviennent plus précautionneux et réclament plus de transparence sur le sujet. En raison de la compression des taux d’intérêt durant la période de politiques monétaires non conventionnelles, les institutions financières non bancaires, en quête de rendement positif, se sont développés sur le segment du financement direct des entreprises non cotées et de taille plus réduite, soit directement, soit en finançant des véhicules d’investissements gérés par des gérants d’actifs (SGP). L'essor du crédit privé est également la résultante des exigences en capital imposées aux banques après la grande crise financière. Des acteurs financiers non bancaires pouvaient prêter à des entreprises sans contrainte particulière de supervision. Depuis lors, trois problématiques émergent :


- La détérioration de la qualité de crédit des emprunteurs en lien avec la dégradation de la conjoncture aggravée par le conflit au Moyen-Orient. On observe à cet effet une hausse d'impayés des intérêts venant gonfler le capital à rembourser à terme.


- Le sujet de la valorisation des prêts alors que les éditeurs de logiciel représentent un quart des portefeuilles de dette privée. L’avènement de l’IA générative, depuis le lancement de ChatGPT en 2022, menace leur modèle économique basé sur la récurrence des revenus de licences et maintenant sur les abonnements au "cloud" (informatique dématérialisée). La baisse observée sur les sociétés cotées de ce compartiment illustre d'ailleurs cette crainte.


- L'activation des mécanismes de plafonnement des rachats pose la question de la liquidité des portefeuilles d'emprunts privés. Plusieurs SGP ont gelé ou partiellement honoré les demandes de rachat de porteurs de parts faisant émerger la problématique de la liquidité de ces supports d’investissements, appelé « business development company » (BDC).


A ce stade, la dégradation de la perception sur les actifs de dettes privées est principalement attribuable à des fraudes ou malversations et à des
problématiques de liquidité sur les fonds BDC. A présent, les craintes sur les perturbations de modèles économiques des sociétés de logiciels interrogent sur le niveau de valorisation des lignes de crédit en raison de la forte exposition dans les portefeuilles. Le conflit au Moyen-Orient est désormais visible dans les bilans bancaires à l'image des multiples provisions génériques prises par les trois grandes banques françaises, Deutsche Bank, ING ou Standard Chartered. En recensant les expositions au crédit privé rapportées à leurs fonds propres des banques et assureurs européens, Deutsche Bank (53%) et Barclays (39%) sont les acteurs les plus exposés. Ces prêteurs précisent que le niveau de provision enregistré est "très faible", se défendent d’être diversifiés, et d'avoir un collatéral suffisant. Les banques françaises sont impliquées mais dans des proportions plus limitées (27% pour SG et BNP) en évoquant des expositions faibles et sur des prêts seniors avec nantissement. Les assureurs sont également exposés à travers leur branche Vie et Protection individuelle. Allianz (12%) et Axa (8%) évoquent des expositions faibles et diversifiés. En raison de la nature de l'activité assurantielle, il est important de distinguer au bilan les expositions inscrites à l’actif général, où il y a un partage des pertes et profits entre l'assureur et le client (en général 50%), des encours pour compte de tiers (UC), incombant au client final. La dégradation de la conjoncture en lien avec le conflit au Moyen-Orient va augmenter la probabilité d'impayés. Ces sujets sont attentivement étudiés et
approfondis dans le cadre de nos Perspectives Economiques et Financières.

Rédigé par
Samir Ramdane

Samir RAMDANE
Responsable OPC Actions Europe