Environnement économique - Avril 2026

Environnement économique

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Les banques centrales restent attentistes face aux incertitudes.

Nos Perspectives Économiques et Financières

Les récents événements au Moyen-Orient s’inscrivent dans la montée de la conflictualité que nous décrivons depuis plusieurs années, qu’elle soit commerciale ou militaire. Les blocs régionaux s’affirment et le politique reprend le dessus pour protéger souveraineté et intérêts stratégiques. Dans ce contexte, le triptyque « se défendre, innover, sécuriser » devient central : défendre ses intérêts, innover pour rester compétitif et sécuriser financements comme approvisionnements en énergie et matières premières. Cette dynamique exige des investissements massifs dans un monde très endetté. États, entreprises et ménages doivent s’adapter à des marges de manœuvre réduites, à des inégalités croissantes et à un modèle de croissance peu créateur d’emplois. La hausse des coûts réels de financement et l’arrivée de nouveaux emprunteurs questionnent la soutenabilité de l’endettement, tout comme le développement rapide et coûteux de l’écosystème de l’IA.

En avril, le conflit au Moyen-Orient s’est poursuivi, alimentant les craintes d’une crise énergétique au regard de l’évolution du prix du pétrole et des perturbations dans le détroit d’Ormuz. Les premiers effets se sont matérialisés par une augmentation de l’inflation énergétique dans les grandes économies. Les banques centrales ont privilégié l’attentisme face à la hausse de l’incertitude, maintenant leurs taux inchangés. Néanmoins, le biais restrictif semble plus marqué du côté européen, la Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre laissant entendre qu’elles pourraient relever leurs taux directeurs prochainement. Sur le marché des changes, l’euro s’est apprécié de 1,8% sur le mois contre le dollar, à 1,1702. Le prix du baril de Brent est en baisse de 3,7% par rapport au mois précédent, à 114,01$.

 

Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) a maintenu sa fourchette de taux directeurs inchangée en avril, à [3,50 % ; 3,75 %], dans un contexte de divisions marquées au sein du comité de politique monétaire. La décision a en effet donné lieu à quatre votes dissidents, une configuration inédite depuis 1992. Si S. Miran a de nouveau plaidé pour une baisse des taux, plusieurs présidents de Fed régionales se sont opposés au biais jugé trop accommodant du communiqué, traduisant une inquiétude croissante face aux risques inflationnistes. L’inflation repart en effet nettement à la hausse, atteignant 3,3 % en mars, sous l’effet d’un fort rebond des prix de l’énergie lié aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Alors que les signaux de résurgence des pressions inflationnistes se multiplient, le rapport d’emploi du mois de mars rassure quant à la dynamique du marché du travail, avec 178 000 emplois créés, après des destructions temporaires en février. Du côté de l’activité, le PIB a progressé de 0,5 % au premier trimestre en glissement trimestriel (GT), soutenu par un rebond de l’investissement non résidentiel, notamment dans les secteurs liés à l’intelligence artificielle. En parallèle, la consommation ralentit légèrement, tandis que les importations enregistrent une forte hausse après l’annulation des droits de douane « réciproques » par la Cour suprême en février.

 

Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur inchangé en avril, tout en signalant une vigilance accrue face aux risques inflationnistes. L’inflation a en effet augmenté en mars à 3,3%, sous l’effet du renchérissement des prix de l’énergie lié aux tensions au Moyen-Orient. Si l’inflation sous-jacente recule légèrement à 3,1%, elle demeure nettement supérieure à la cible, tandis que la croissance des salaires ralentit. Sur le plan politique, la situation demeure tendue à l’approche des élections locales, dans un environnement de critiques croissantes à l’égard du gouvernement travailliste.

En zone euro, l’inflation a poursuivi sa hausse en avril pour atteindre 3,0%, après 2,6% en mars, sous l’effet du renchérissement des prix de l’énergie lié aux tensions au Moyen-Orient. Cette accélération reste toutefois concentrée sur les composantes les plus volatiles, tandis que l’inflation sous-jacente recule légèrement à 2,2%. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu ses taux directeurs inchangés, tout en réaffirmant sa vigilance face aux risques de persistance d’une inflation plus élevée. Du côté de l’activité, la croissance de la zone euro ralentit au premier trimestre (+0,1% GT), dans un contexte d’hétérogénéité toujours marquée entre les pays. La France apparaît à la traîne, avec une stagnation du PIB, tandis que l’économie espagnole continue de croître de manière dynamique (+0,6% GT). L’Allemagne et l’Italie enregistrent des rythmes de croissance plus modérés (+0,3% et 0,2% en GT respectivement). Les enquêtes de conjoncture signalent toutefois une dégradation en avril, le PMI composite repassant en zone de contraction, tiré par la faiblesse des services, tandis que l’industrie fait preuve d’une certaine résistance. Sur le plan politique, la chute du gouvernement Orban en Hongrie a conduit les chefs d’Etat de l’Union européenne à s’accorder sur le déblocage du prêt de 90Mds€ promis à l’Ukraine.

 

En Chine, la croissance du PIB atteint 5% au premier trimestre en glissement annuel, soit dans le haut de la fourchette de croissance visée pour l’ensemble de l’année. Le dynamisme de l’industrie, en particulier dans les secteurs technologiques, soutient la production et l’investissement, tandis que les enquêtes signalent une amélioration de la demande étrangère. Les tensions sur les coûts se transmettent progressivement aux prix, suggérant une atténuation des pressions déflationnistes. En revanche, la demande intérieure reste peu dynamique et la contraction du secteur immobilier continue de peser sur l’économie. La Banque du Japon a maintenu son taux directeur inchangé à 0,75% en avril, malgré des divergences au sein du conseil de politique monétaire, certains membres plaidant pour un resserrement face aux risques de remontée de l’inflation. La banque centrale a relevé ses prévisions d’inflation, tout en abaissant celles de croissance, dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’énergie. Pour l’heure, l’inflation reste modérée (1,4% en mars), notamment grâce aux mesures gouvernementales d’amortissement du choc pour les ménages et les entreprises.

 

 

Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China. 

Rédigé par

Eloïse GIRARD-DESBOIS
Analyste économique
4 mai 2026