Environnement économique Janvier 2021

Environnement économique

Retrouvez notre rétrospective de l'environnement économique du mois de janvier 2020 des zones Amérique, Europe et Asie-Océanie

Nos perspectives économiques et financières

Le choc récessif lié à la crise sanitaire vient s’appliquer sur des fragilités majeures, pré-identifiées dans nos Perspectives Economiques et Financières : dettes des agents publics et privés, structures des revenus et inégalités, remise en cause de la mondialisation fondée sur le multilatéralisme et chocs politiques et géopolitiques. Les circuits classiques de sortie de crise pourraient s’avérer rapidement inopérants car les bases sont déjà malsaines. Dans ce contexte, nous tablons sur une dépression économique sévère qui devrait amplifier les fragilités observées suite à la crise financière de 2008.

La troisième vague de Covid-19 a lourdement affecté les économies au quatrième trimestre 2020 et continue de peser sur les perspective début 2021. Alors que les campagnes de vaccination progressent de manière très inégale entre les pays, alimentant les tensions diplomatiques, les mesures de distanciations sociales continuent de se renforcer et d’entraver le redressement économique. Sur le plan politique, le mois a été marqué par la délicate passation de pouvoir aux Etats-Unis et par les annonces budgétaires ambitieuses du nouveau Président J. Biden. En Zone euro, la succession d’A. Merkel se précise progressivement alors que l’Italie traverse une nouvelle crise politique. Sur le marché des changes, l’Euro s’est déprécié  (-1,1%) face au dollar à 1,214 dollar pour un euro. Le prix du pétrole Brent enregistre une hausse de 7,9% et atteint 55,8 dollars le baril.

 

AmériqueAux Etats-Unis, J. Biden amorce une transition politique de grande ampleur alors que l’épidémie continue d’affecter lourdement le pays. L’économie américaine ralentit au quatrième trimestre 2020 avec une croissance de 1% en glissement trimestriel en lien avec une dynamique plus faible de la consommation (+0,6%) qui a été entravée par la résurgence de l’épidémie et l’épuisement progressif des soutiens au revenu. Du côté de l’investissement, la tendance demeure soutenue, notamment par le dynamisme de l’investissement résidentiel qui profite des taux bas. Concernant le commerce extérieur, la dégradation du déficit de la balance des biens et services se poursuit, sous l’effet d’un rebond beaucoup plus prononcé des importations que des exportations. Au niveau de l’emploi, les nouvelles demandes d’allocation chômage ont atteint 847 000 la semaine du 23 janvier, soit un niveau qui demeure élevé par rapport à la moyenne du quatrième trimestre 2020 (786 000) et qui suggère la poursuite de difficultés en lien avec la situation sanitaire. Sur le plan monétaire, la Fed maintient sa politique inchangée en janvier et n’envisage pas encore de modération de l’assouplissement. Sur le plan politique, Joe Biden a été officiellement investi 46ème Président des Etats-Unis après une transition très tendue, marquée par l’intrusion de  partisans de D. Trump dans le Capitole. Les démocrates bénéficieront d’une courte majorité dans les deux chambres grâce aux victoires en Géorgie. Les premières actions de J. Biden ont concerné le renforcement des mesures sanitaires  ainsi que la signature de décrets revenant sur des mesures prises par son prédécesseur. Il s’agit notamment du retour des Etats-Unis dans l’OMS et dans l’accord de Paris sur le Climat qui marquent une tentative de revitalisation du multilatéralisme. Par ailleurs, un décret présidentiel intitulé Buy American, visera à renforcer l’application de la priorité aux produits et services américains dans les marchés passés avec le gouvernement fédéral. Enfin, J. Biden a annoncé un plan de soutien (American Rescue Plan) de 1900 Mds$ (9% du PIB), qui, s’il est voté, viendrait s’ajouter à celui de 900 Mds$ voté fin décembre 2020, avec notamment des aides aux ménages (plus de 1000 Mds$), des aides directes aux Etats et collectivités (370 Mds$) ou encore des fonds à destination du secteur de la santé (190 Mds$).

 

EuroEn Zone Euro, le retour marqué de l’épidémie amène un nouveau recul du PIB au quatrième trimestre 2020 et affecte lourdement les perspectives pour début 2021. Après un rebond de 12,4% au T3 2020, la croissance de la Zone euro enregistre une nouvelle contraction au quatrième trimestre, avec un recul de 0,7% par rapport au trimestre précédent. Ce recul est marqué en Italie (-2,0%) et en France (-1,3%), où les mesures de distanciations ont été plus conséquentes, alors que l’Allemagne (+0,1%) et l’Espagne (+0,4%) progressent légèrement. Début 2021, les indicateurs d’enquêtes rapportent toujours une vision contrastée de l'activité avec une dégradation qui reste très marquée dans les services alors que l’activité industrielle maintient son dynamisme. Du côté du crédit, l’enquête trimestrielle de la BCE sur le secteur bancaire indique un durcissement supplémentaire des conditions de crédit en France et en Espagne, tandis que les conditions d’octroi devraient rester relativement stables en Allemagne et en Italie. Au niveau des prix, l’inflation a rebondi fortement en janvier à 0,9% (+1,2 pt sur un mois) en lien avec un moindre recul des prix de l’énergie, la fin de la baisse temporaire de TVA en Allemagne et la mise à jour annuelle des pondérations des sous-composantes de l’inflation, qui reflètent les comportements de consommation atypique de 2020. L’évolution des prix devrait toutefois rester modérée en 2021 en lien avec les faibles perspectives sur la demande. Sur le plan monétaire, la BCE n’a pas apporté de modification à sa politique en janvier après l’assouplissement massif de décembre. Côté politique, le Premier ministre italien G. Conte a dû démissionner suite à des divisions au sein de sa coalition sur le plan de relance et pourrait laisser la place à un gouvernement technique. En Allemagne, les membres du congrès de la CDU ont élu A. Laschet, dont la ligne politique s’inscrit dans la continuité de celle d’A. Merkel, à la tête du parti. Il ne sera toutefois pas automatiquement le candidat à la chancellerie aux élections de septembre 2021. Markus Söder, président de la CSU, et Jens Spahn, ministre de la santé, pourraient également briguer le statut de candidat. Au Royaume-Uni, les indicateurs conjoncturels décrivent un niveau d’activité toujours très dégradé début 2021 en lien avec la progression rapide de l’épidémie.

 

AsieEn Chine, l’économie confirme son redressement spectaculaire malgré la menace d’un retour de l’épidémie. Le PIB chinois a en effet progressé de 6,5% au quatrième trimestre 2020 en glissement annuel en lien avec la forte progression des exportations (+17%) qui a soutenu la production industrielle (+7,1%) alors que les ventes au détail enregistrent une progression plus modeste (+4,6%) – une faiblesse de la demande intérieure qui reste marquée sur l’année. Ainsi, la Chine est la seule économie majeure à afficher une croissance (2,3%) sur l’ensemble de l’année 2020. L’investissement en immobilier et infrastructure, et ainsi la progression de l’endettement, sont toutefois restés des moteurs de la croissance chinoise. Concernant les prix, l’inflation est repassée en territoire positif en décembre, s’établissant à 0,2% (+0,7 pt sur un mois), portée par l’alimentation – une composante volatile. Début 2021, l’activité pourrait toutefois souffrir du retour de l’épidémie dans la province du Hebei. Au Japon, la réintroduction de mesures de distanciation strictes assombrit les perspectives, comme l’illustre le recul des données d’enquête, alors que les données d’activité étaient déjà en net repli sur la fin d’année 2020. L’inflation enregistre le recul le plus prononcé depuis 10 ans à –1,0% en décembre (hors produits alimentaires frais) alors que la banque centrale poursuit sa revue stratégique pour une politique monétaire accommodante plus efficace et plus durable.

 

Sources des données: Refinitiv, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Eurostat, BCE, Markit, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.

Rédigé par

Louis MARTIN
Analyste économique

Le 3 février 2021